Mardi 20 août 2024. Store Heddinge, Danemark. Dernier petit déjeuner sans thé, ni chocolat chaud, ni café. Mais plutôt lait froid, yaourt, fruits et graines. On fait varier les plaisirs. On file voir cette falaise de Stevn, un « Pompeï de la mer ». Figés dans la craie, on peut y trouver oursins, bélemnites, seiches, algues, moules, petits poissons et coquillages… Le fond marin tel qu’il était il y a 65 millions d’années. Le site est aussi particulièrement important car l’on peut y voir une strate créée la poussière retombée de l’impact de la météorite qui a mis fin au règne des dinosaures. La « limite Crétacé-Tertiaire » la mieux exposée au monde.
Falaises de Stevns
Strate du dépôt de poussière de la météorite, fin du Crétacé
Avant de descendre sur la plage, un panneau nous apporte ces explications et une longue vue doit nous permettre de distinguer cette fameuse strate. Franchement, je trouve que ce n’est pas évident à identifier. La craie blanc-ocre est bien visible, ainsi que plusieurs strates de silex qui dépassent comme de grosses patates noires prises dans la farine. À ce moment-là, j’aurais aimé avoir mon papa-géologue avec nous pour nous aider à décrypter ce mystère. Descendons.
Craie et silex
L’escalier ressemble à une voie d’escalade tellement il est raide et long. Vertigineux. En bas, la promenade n’est pas longue, nous nous arrêterons vite pour casser des morceaux de craie dans l’espoir de trouver un gros fossile. À force de taper comme des pics-verts, nous comprenons que ces fossiles sont en réalité faits d’une multitude de petits fragments de coquillages et autres formes indéfinissables. Petite déception.
Lison quand à elle s’est attaquée aux silex et a vite trouvé comment les tailler. « Tu as vu Lison, comme il est coupant ton fragment ? ». Elle caresse la tranche pour en juger et se taille bien le bout du doigt. « Ha ouais, super taillant ! ». Puis avec son gros silex bien coupant, elle façonne un gros cœur dans la craie tendre.

Eglise d’Højerup




L’église d’Højerup est plantée tout en haut, tout au bord du précipice. Elle s’est effondré en partie en 1928, la chute de la falaise emportant avec elle son chevet.
La deuxième falaise, sur l’île de Møn, est à 1h30 de route. Un arrêt services. Un grand pont à traverser. Un petit arrêt courses. Puis dernier pour un gros pique-nique. Lison nous concocte des wraps que chacun assortimente comme il veut. Nous sommes installés sur la pelouse verdoyante d’un parc urbain, sous un gros marronnier et nous déjeunons en observant Charlotte explorer les alentours. Elle chasse des épis d’herbes sèche qui bougent avec le vent, monte sur les premières branches de l’arbre et arrive à en descendre avec panache.
Falaises de Møn
Nous arrivons à cette deuxième falaise en début d’après midi au bout d’une piste grise et poussiéreuse. Beaucoup de monde se presse pour entrer et sortir des parkings, l’endroit est très touristique. Classement UNESCO, Géoparc, le site est aménagé avec un musée et des passerelles pour circuler sur la crête de la falaise et jusqu’à la plage. Nous trouvons à nous garer facilement et laissons Charlotte prendre l’air dans la forêt pendant notre balade.
Depuis le haut du sentier, nous appercevons entre les branches l’eau variant étonnamment du blanc laiteux au bleu outremer en passant par le turquoise caraïbes. Les danois nomment d’ailleurs les falaises de Møn les « Caraïbes froides ». Les vagues viennent lécher la craie qui fond, donnant à l’eau cette couleur blanche. Nous descendons un interminable escalier en bois. La plage est blanche de poussière de craie tassée et piétinée. Les falaises sont immenses.


Comme à Stevn, elle sont striées dans leur hauteur par plusieurs strates de galets de silex noirs, faisant ressortir leur forme pliées par les pressions des mouvements géologiques. C’est impressionnant et très beau. « Stylé », dira Capucine. « C’est à dire ? » je lui demande en espérant un vocabulaire plus évolué. « Bah stylé ! C’est stylé quoi ! » me précisera l’ado qui a eu 18,5 de moyenne au brevet.




Art à l’argile
Lison et Solène disparaissent pour jouer à concocter des peintures faites de différentes nuances de poudre de craie blanche et ocre. Plusieurs arbres gisent sur la plage, tombés du haut de la falaise qui s’effrite de quelques centimètres chaque année. Je prends beaucoup de plaisir à marcher les pieds dans cette eau de lait. Les galets, tantôt noir, tantôt blancs, offrent une esthétique toute particulière au roulis des vagues. Pierre, lui, a trouvé un galet en forme tête de flamant rose et fait rire Capucine avec ce petit personnage. Il lui taille un œil, Capucine lui modèle un corps en glaise et des ailes en silex. Voilà Picolo qui embarque en Carapate avec nous.
Pendant que nous rigolons avec Picolo, Solène a tenté de marcher jusqu’au rocher qui trône au milieu d’une large flaque d’eau blanche. Elle a perdu l’équilibre et s’est retrouvée avec de l’eau jusqu’à la taille. Pas fière d’elle, elle me laisse son short et prend mon pull.
La seconde partie de la plage est inaccessible à cause de la marée haute, il ne nous reste plus qu’à remonter les 576 marches jusqu’en haut. Quel bel endroit.




Pas beaucoup de route ce soir, nous rejoignons le petit port de pêche de Klintholm, le seul du coin à accepter les véhicules aménagés gratuitement. Nous sommes quelques-uns à nous installer sur les pelouses de ses parkings dans une ambiance toute estivale.
Village de Klintholm
Avec Pierre nous faisons le tour du village, juste tous les deux. C’est très agréable. Les terrasses des restaurants vont faire le plein. Après une petite cueillette de mûres, nous mangeons tranquillement chez nous et regardons les horaires des ferrys pour demain, pour passer du Danemark à l’Allemagne. « Alors, il y a ferry toutes les demi-heure et ils semblent tous complets… » m’annonce Pierre. « Non, nous avons la possibilité d’embarquer dans celui de 6h45 ou de 20h45… » Le port est à 1h30 de route de notre spot.



Décision est prise de se lever tôt pour faire la route de retour plus tranquillement, et recharger notre gaz dès demain matin. « À quelle heure on met le réveil ? 4h30 pour être sereins ». Lison et Solène sont folles de joie à l’annonce de cette aventure nocturne. Tout le monde au lit immédiatement !
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