Mardi 13 août 2024. Marselisborg, Danemark. Encore un matin raclette. Mais raclette au champignons aujourd’hui. Quand le pain cuit, le fromage fond et l’odeur est… efficace pour sortir du lit. « Bon, Musée du Design aujourd’hui ? Ou pas ? On décide quoi ? ». Hier nous avions eu une discussion à propos du programme d’aujourd’hui. Il était prévu la visite du très renommé musée du Design de Trapholt, art pour lequel les danois sont très forts.
Mais en regardant de plus près, il s’agit d’un musée de design et d’art contemporain. Nous et l’art contemporain… Celui d’Aarhus hier nous a laissé sur une note en peu amère concernant certaines oeuvres, alors nous n’avons pas vraiment envie d’en refaire un aujourd’hui. Je regarde les photos de ce musée sur Google maps. « Alors, y’a surtout des chaises à voir, mais des jolies chaises » je résume en montrant les photos. Ça rigole à seaux. « C’est drôle un musée de la chaise, en vrai j’aime bien l’art contemporain parce qu’on se marre bien à chaque fois ».

En vrai, Capucine n’a pas tort, ça nous fait toujours des souvenirs qui nous font rire, comme le musée d’art contemporain de Bilbao l’année dernière. Les sœurs sont enthousiastes pour ce troisième musée en deux jours. C’est parti. Enfin, c’est parti après un petit café toute seule sur mon ponton tout rond en écrivant nos aventures de la veille pendant que la vaisselle se fait toute seule.
Plage de Fjordvej à Trapholt
Nous arrivons pour midi sur un très beau parking devant un autre ponton design spécial bain de fjord/bain de soleil. Pique-nique saucisse-salade au soleil. Pierre tente un nettoyage de l’arrière du frigidaire car ça fait 24 heures qu’il n’arrive plus à fonctionner au gaz. Au démontage les système est tout corrodé et l’intervention n’a pas l’effet escompté. C’est la tuile. Je dois passer en mode intendance sans frigo, en limitant les denrées sensibles et en prévoyant des courses plus souvent. Comme en camp scout en somme.
Charlotte est bien ici, elle se roule dans les graviers et explore le bosquet d’à côté. Nous la laissons dehors et partons à pieds visiter ce musée à quelques pas de là. Le quartier est chic-issime, chaque maison a une vue sur fjord et une Porsche devant le garage. Un chemin échappé, nous arrivons par les jardins.




Musée d’art moderne et du design de Trapholt
Le tarif d’entrée est moitié prix aujourd’hui, une partie de l’exposition est en cours d’installation. Nous avons accès à trois espaces du musée. Le premier est donc bien une exposition de chaises, très jolies chaises.








Oeuvre collective Things Matter
Le second espace abrite une œuvre collaborative. Le rendu laisse d’abord interrogatif, mais le récit est très intéressant. Partant du constat que 5 sculptures sur 101 à Copenhague sont des sculptures d’hommes, l’artiste Randi Samsonsen a organisé plusieurs séances de travail dans des bibliothèques du pays pour proposer à 287 femmes de réinventer des sculptures de leur choix en les féminisant.
Au tricot
Le médium utilisé ? Le tricot ! « Cela me fascine que de nombreuses personnes possèdent une connaissance et une expertise considérables en matière de tricot, profondément ancrées dans leurs mains et leur corps. Dans ce projet, j’invite les gens à utiliser cette expérience corporelle comme base de création. » Voilà l’explication de cette imposante tour mauve à laquelle sont cousues différentes « peluches » bizarres. À y regarder de plus près, elles ont un charme certain.



Lison est fascinée. « Ça a été un déclic pour moi, y’a pas forcément besoin de suivre un modèle, quand je fais du crochet. Toutes ces femmes ont créé un tricot selon leur idée. »
Maria Torp, Shapping a pattern
Contre toute attente, la troisième exposition sera un coup de cœur pour chacun de nous. Une artiste danoise, Maria Torp, a créé un projet artistique qui étudie, rassemble et diffuse la lutte pour l’égalité des droits à travers le monde. Douze voyages, douze pays et douze individus qui ont consacré leur vie à l’activisme et à la lutte pour le changement ont été transformés en douze portraits hyperréalistes.
Maria Torp étudie comment l’art peut faciliter une rencontre sensorielle alternative avec des questions complexes, principalement la liberté d’expression, le droit à l’éducation et les violences faites aux femmes, que l’on aborde habituellement par le biais des médias ou des campagnes d’organisations humanitaires.
Portraits d’activistes
Chaque grand portrait est accompagné d’un récit, puissant et positif, qui présente la personne et décrit les choix faits par l’artiste pour la représenter. Phumzile Mlambo-Ngcuka, ministre sud-africaine et femme politique influente, est représentée souriante, colorée et donnant la main en signe de de capacité de dialogue et de création de compromis. La Tanzaniennne Rhobi Samwelly, qui a créé une organisation qui aide les femmes exclues de leur tribu pour fuir l’excision, est représentée sur un fond de couleurs, peint par les pieds de ces femmes dansant sur la toile. Ziauddin Yousafzai, le papa de Malala, enseignant qui s’est battu pour l’éducation des filles, est dessiné uniquement au crayon à papier, outil essentiel à l’apprentissage.
Nous parcourons une à une ces histoires captivantes et inspirantes. Lire ici la démarche du projet de Maria Torp : Shaping a pattern.






« C’était bien de parler des problèmes des femmes et de voir que partout y’a des gens qui défendent les femmes. Ça fait de l’espoir » m’explique Solène quand je lui demande pourquoi elle a aimé cette œuvre. « C’est stylé parce que c’est une œuvre engagée » explique Capucine. « Et puis c’était bien expliqué dans les vidéos [en danois sous-titré en anglais], ça montrait bien sa démarche. » Effectivement, l’œuvre n’est pas composée uniquement de 12 tableaux, mais également de documents de recherche et d’enregistrements vidéo qui nous font vivre tout le processus créatif. Coup de cœur.
Île de Fionie
Ce soir nous quittons la région danoise du Jutland, et avec elle l’Europe continentale, pour arriver sur l’île de Fionie. Un très joli spot sur la presqu’île de Svino, face à un bras de mer, le fjord de Gambord, sur lequel nous retrouvons une famille en voyage que nous avons croisée déjà plusieurs fois. Nous nous asseyons à la table de pique-nique du site pour un apéro-blabla très agréable.


Au menu ce soir, fond de frigidaire, tout doit disparaître.
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